![]() |
|
|
| |
En Routede Richard Wurmbrand
C’était en 1937. Hitler était au pouvoir. Dans un petit village de Roumanie un charpentier allemand
vivait les dernières années de sa vieillesse. Il s’appelait
Christian Wölfkes. Wölfkes comprit qu’un chrétien qui n’est pas missionnaire, même à une très petite échelle, ne remplit pas son devoir qui est d’être lumière du monde. Une nuit qu’il était gravement malade, un judéo-chrétien veillait à son chevet. Par gratitude, et du fond de son cœur, il était plein du désir d’être choisi pour amener des Juifs au Christ. Sa prière quotidienne était : « Seigneur, je t’ai sur terre, et sur terre je désire ma récompense. Puissé-je ne pas mourir avant d’avoir converti un Juif à la foi. Mais il n’y a aucun Juif dans le voisinage et je suis vieux, malade et pauvre. Il m’est impossible d’aller en chercher ailleurs. Tu es tout-puissant. Fais venir ici un Juif dans mon village et je promets de faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour le convertir à la foi.»
Le premier Juif qui, ce printemps-là, se présenta au village, ne fut autre que moi-même. Je ne crois pas qu’une fille ait jamais été aussi passionnément sollicitée par son amoureux que je l’ai été par ce vieil homme qui voyait en moi la réponse à sa prière. Il me donna la Bible à lire. Je l’avais lue auparavant mais elle ne m’avait fait aucune impression. Mais la Bible que je tenais maintenant entre mes mains ne ressemblait à aucune autre Bible. Plus tard j’en ai découvert le secret. Wölfkes et sa femme passaient chaque jour de longues heures à prier pour ma conversion et celle de ma femme. En réalité il m’était impossible de vraiment la lire car je l’inondais des larmes que je versais inévitablement chaque fois que je comparais ma vie égoïste et misérable à la vie de Celui qui passa la sienne à faire le bien. Donner la paix à l’âmeWölfkes laissait la Bible et sa prière personnelle travailler mon cœur. Il me parlait à peine. Il savait d’instinct ce que tant de missionnaires confirmés ignorent : la méthode missionnaire la plus efficace est faite de réserve, de silence, de méditation profonde, afin de donner la paix à l’âme que l’on veut gagner et pour ne pas éveiller l’amour prématurément. Il faut prier sans cesse, se contenter de répandre un peu de semence, lui permettre de prendre racine et de grandir quand le moment sera venu. Un long temps s’écoula, puis un soir le vieillard me demanda ce que je pensais de la Bible. « Encore enfant, répondis-je, j’ai perdu mon père. Nous étions très pauvres. Parfois je restais en extase des heures devant une confiserie; en contemplant les gâteaux avec une envie dévorante je me disais qu’ils n’étaient pas pour moi et que jamais je ne pourrais m’en régaler. La Bible fait renaître ce souvenir. De nouveau il m’est permis de voir des merveilles, mais je sais qu’elles ne sont pas pour moi parce que je suis Juif. Je sais qu’il y a des Juifs qui se sont faits chrétiens pour épouser des Roumaines ou pour échapper à des persécutions antisémites. Mais je n’ai jamais rencontré de Juifs qui croient en Jésus. » A ce moment, Wölfkes devint l’instrument que Dieu employa pour me dessiller les yeux. Se servant de mots simples venus du cœur il évoqua des choses qu’un Juif aurait dû savoir mais que j’ignorais. Il évoqua l’accomplis-sement en Jésus de la promesse messianique; les tendres appels adressés par Jésus à son peuple, l’amour que Dieu conserve pour les Juifs en souvenir de leurs ancêtres qui furent porteurs de foi. Dieu ouvrit mon cœur en sorte que je
pus croire à l’Évangile.
Wölfkes me présenta à plusieurs judéo-chrétiens
si rayonnants de pureté que je n’aurais jamais pu jusqu’alors
croire à l’existence de tels êtres. Ce fut cet humble charpentier qui donna la première impulsion à ma conversion. Plus tard ce fut le tour de ma femme, qui amena avec elle d’autres âmes, lesquelles à leur tour en amenèrent d’autres, et ainsi de suite jusqu’à former à Bucarest un groupement judéo-chrétien qui se développa activement pendant des années. L’existence
de ce groupement, fruit de son action spirituelle, réconforta
immensément le charpentier durant les dernières années
de sa vie.
Après être sorti de prison j’assistai
dans un village à une grande réunion de chrétiens
ou des centaines de frères et de sœurs étaient venus.
Je n’avais pas suffisamment de force pour pouvoir prêcher,
mais on me demanda de raconter en quelques mots l’histoire de ma
conversion. Pendant que je m’exécutais je remarquai qu’un
vieil homme très âgé était en larmes. La réunion
terminée,j’allais lui parler : il me dit qu’il s’appelait
Pitter, qu’il était charron et que c’était
lui qui avait amené Wölfkes à la foi. Jusqu’alors
il avait cru que tout l’effort de sa vie n’avait abouti qu’à la
conversion d’un charpentier. Il comprenait maintenant qu’il
avait pris une grande part au combat des judéo-chrétiens
pour Jésus en Israël, et qu’il était un arrière
grand-père dans la foi pour beaucoup d’âmes. Richard Wurmbrand
Programmé
par Dominique Peladeau
|