Poème

Voici quelques textes intéressants. Méditons-les.

Riches et pauvres

Que répondras-tu au souverain juge, toi qui habilles les murs et n’habilles pas ton semblable? Toi qui ornes tes chevaux et n’as pas même un regard pour ton frère dans la détresse? Toi qui laisses pourrir ton blé et ne nourris pas ceux qui ont faim? Toi qui enfouis ton or et ne viens pas en aide à l’opprimé?...

A qui ai-je fait tort, dis-tu, en gardant ce qui est à moi? Dis-moi, qu’est-ce qui t’appartient? De qui l’as-tu reçu pour le porter dans la vie? C’est comme si quelqu’un, après avoir pris une place au théatre, en écartait ensuite les entrants et prétendrait régarder comme sa propriété ce qui est pour l’usage de tous. Ainsi font les riches: parce qu’ils sont les premiers occupants d’un bien commun, ils s’estiment en droit de se l’approprier.

Si chacun se contentait du nécessaire et laissait aux indigents son superflu, il n’y aurait ni riche ni pauvre.

N’est-tu pas sorti nu du sein de ta mère? Et ne retourneras-tu pas à la terre également nu? Quant aux biens présents, de qui les tiens-tu? Si tu réponds: du hasard, tu es un impie qui refuse de connaître son créateur et de remercier son bienfaiteur. Si tu conviens que c’est de Dieu, dis-moi donc pour quelle raison tu les as reçus.

Dieu est-il injuste en nous répartissant avec une telle inégalité les choses nécessaires à la vie? Pourquoi es-tu dans l’abondance et celui-là dans la misère? N’est-ce pas pour que tu reçoives un jour la récompense de ta bonté et de ta fidèle administration, tandis qu’il obtiendra la couronne réservée à la patience? Mais toi qui serres toutes choses dans le gouffre de ton avarice, tu penses ne faire tort à personne, alors que tu dépouilles un si grand nombre de tes semblables?

Saint Basile

Le regard de Jésus

Jésus fixe sur les siens son regard: ce n’est pas une formule banale, ce regard concentre sur les disciples la flèche de lumière de la sainteté divine: en lui se lit l’exigence absolue, qui ne compose ni avec le mal ni avec la médiocrité: en lui aussi se reçoit l’amour absolu, qui pardonne à chaque instant toute défaillance et réconforte chaque conscience à l’intime d’elle-même en lui révélant qu’elle est appelée à partager la vie du Père, et du Fils et de l’Esprit.

Impossible pour nous de lire le Sermon sur la montagne sous une autre lumière que celle de ce regard du Christ vivant qui nous interpelle chacun par son nom. Il ne s’agit nullement ici de la proclamation d’une espèce de loi édictée par un pouvoir lointain et publiée dans un «Journal officiel», et tant pis pour ceux qui n’en auront pas pris connaissance et ne l’observeront point.

Chaque phrase vient à nous enveloppée par le regard brûlant du Maître de vie, et après chacune retentit l’avertissement: prenez garde, pour les hommes ce que je dis là est impossible, mais non pour Dieu, car tout est possible pour Dieu.

Il ne nous servira de rien de faire de l’Evangile une morale - car nousne pourrons la pratiquer - si nous n’en faisons pas en même temps une mystique, à savoir celle de notre union avec le Christ, celle de notre greffe sur sa propre personne.

Hélas! C’est ce que ne parviennent pas à faire beaucoup de ceux qui se disent chrétiens, obsédés par des commandements dont ils défendent farouchement le principe sans parvenir à les pratiquer, et n’ayant pas la moindre expérience de ce qu’est la prière, le regard du Christ sur eux, la familiarité confiante avec lui, l’abandon à sa miséricorde.

Albert-Marie Besnard

L’épreuve du désert

Le désert est l’expérience décisive de la foi, l’épreuve inévitable. Tant que le monde nous est accueillant, tant que la vie paraît facile, la présence de Dieu peut sembler naturelle, et il suffit, pour lui répondre, de se laisser porter par cette attention bienveillante.

Le jour où tout disparaît à la fois, le sens du monde et le sentiment de Dieu, nous nous sentons perdus. C’est alors que l’Ésprit qui a poussé le Christ au désert est là pour fonder en nous la foi. Ce Dieu qui se tait, c’est lee vrai Dieu. Rien sur la terre, aucune beauté, aucune puissance, n’en donne une idée vraie. Il est infiniment éloigné de tout ce que nous connaissons. Le désert n’est pas son image, mais le désert, la nudité totale du monde, est le chemin qui va du monde jusqu’à lui.

Pourtant ce Dieu n’est pas loin, il est là, il parle au coeur de ses enfants, et ses enfants lui répondent. Dans cette nudité, ils le reconnaissent. Privés de toute image, dépouillés des appuis et des facilités, ils découvrent qu’ils tiennent encore à Dieu. C’est donc que Dieu les tient, c’est donc qu’ils l’aiment non pour ses dons mais pour lui-même, c’est donc qu’ils le connaissent et qu’ils sont ses enfants.

Qu’un coeur d’homme puisse aimer Dieu en Fils, qu’un corps de chair trouve la force de vivre pour Dieu, qu’un enfant d’une race pécheresse, d,un monde dominé par la richesse, la ruse et la violence, ait le courage de choisir la faiblesse, la pauvreté, l’innocence, c’est le témoignage suprême que le Christ au désert a rendu à son Père.

Ce témoignage, l’Esprit de Jésus, poussant les chrétiens au désert, ne cessera plus de le rendre.

Jacques Guillet

Le pain rompu

Si Jésus n’avait pas brisé le pain, comment les miettes seraient-elles venues jusqu’à nous? Il l’a brisé et distribué; il l’a dispersé, donné aux pauvres.

Et aujourd’hui encore, Jésus très bon, bien que tu aies brisé ta colère, bien que tu aies brisé le pain pour nous, pauvres mendiants, nous souffrons encore du dénuement, nous avons encore faim. C’est bien toi qui as dit: Ceux qui me mangent auront encore faim.

Oui, encore, jusqu’à ce que le mal passe. Ce n’est pas encore, qu’ils cessent d’avoir faim!
Il viendra un temps où ils n’auront plus faim ni soif. En attendant, romps ce pain chaque jour à ceux qui ont faim! Car aujourd’hui et tous les jours nous recueillons quelques miettes, et chaque jours nous avons, de nouveau, besoin du pain quotidien. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien!

Si tu ne le donnes, qui le donneras? Dans notre état de mendiants, dans notre pauvreté, notre dénuement, notre besoin et notre malheur, il n’y a personne pour nous rompre le pain, personne pour nous nourrir, personne pour nous refaire, personne que toi, ô notre Dieu!

En toute consolation que tu nous envoies, nous recueillons les miettes de ce pain que tu romps, et nous goûtons, d’expérience, combien douce est ta miséricorde. Mais il nous en faut encore! Savourer cette douceur aiguise l’appétit, et nous avons de plus en plus faim.

Baudouin de Ford

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