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Le bon samaritain: Luc 10:25-37

Thèmes de réflexion:

Jésus a affaire à un casuiste, un spécialiste de la Loi chargé d’enseigner aux Juifs comment il faut se comporter dans toutes les circonstances de la vie pour plaire à Dieu. Il se trahit avec le verbe « faire ». Il veut « faire » quelque chose pour être sauvé. il veut mériter le salut. Or les légistes et tous les théologiens de ce type sont allergiques à la grâce. La justice se codifie, et ils croient qu’ils peuvent faire de même avec l’amour. Or l’amour échappe à toute définition casuistique. Il est la mort des règlements et des codes. On peut tout mettre en formules, sauf l’amour. Et cela, il faut que cet homme l’apprenne. Le docteur de la Loi assène ses paragraphes, au demeurant fort justes, et pour le coincer, Jésus va l’aborder sur son propre terrain, la Loi.

L’entretien aurait pu se terminer au V.28, tant les réponses du docteur de la Loi étaient satisfaisantes. Mais ce casuiste n’est pas satisfait. Il veut justifier la question qu’il vient de poser et ainsi se justifier lui-même. Aimer? D’accord, mais qui? Il demande donc à Jésus une sorte de portrait-robot du prochain. Il veut une définition du prochain qui soit limpide et qui lui permette de faire son devoir. Sans doute les réponses qu’il avait entendues jusque-là ne l’avaient-elles pas entièrement satisfait, parce qu’elles étaient trop vastes ou trop étroites, trop vagues ou trop précises. Aimer le monde entier? C’est impossible! N’aimer que certains hommes? Oui, mais lesquels? Faut-il aussi aimer les ennemis, les pécheurs, les païens? Peut-être a-t-il une leçon de sincérité à donner à ceux qui clament sur les toits qu’ils aiment le monde entier. Cela fait bien et surtout on se fait du bien, en disant cela, mais c’est faux, parce que ce n’est pas possible. C’est le plus sûr moyen de n’aimer personne.

La leçon de Jésus est claire: le prochain, ce n’est pas moi qui le choisis (V.29), mais c’est celui qui me choisit, c’est celui qui fait de moi son prochain, qui se fait si proche que je deviens son prochain (V.36). Il ne se laisse pas cerner une fois pour toutes. Il est impossible de savoir par avance qui le sera et qui ne le sera pas. Le prochain est ainsi l’écharde dans la chair de toutes les morales, de toutes les propres-justices. Il n’y a pas de compteur Geiger qui permette de le détecter de façon infaillible. Pour répondre à la question difficile du docteur de la Loi, Jésus raconte une histoire toute simple, et il n’est pas question de faire de l’allégorie comme l’a fait Origène au III° siècle et tant de théologiens à sa suite qui ont assimilé l’homme descendant de Jérusalem (le paradis perdu) à Jéricho (la perdition) à Adam et à ses descendants assaillis par les brigands que sont le diable, le monde et le mal, identifié le bon Samaritain au Christ, et l’auberge à l’Église avec son enseignement et ses sacrements.

Jésus répond non pas par une définition, mais par une situation. A un casuiste, il répond par un cas, un cas bien précis et ponctuel. C’est que le prochain est toujours quelqu’un de précis et d’unique. C’était cet homme-là qui se trouvait ce jour-là sur ce chemin-là qui allait de Jérusalem à Jéricho. Ce peut être n’importe qui, du moment qu’il se trouve dans cette situation-là. Il a besoin de secours, besoin de quelqu’un qui lui vienne en aide. Il est donc mon prochain dès l’instant où je le croise et vois son problème. Il est celui qui me dérange, qui bouleverse mon plan, mes projets, mon histoire. Le prochain ne se programme pas, ne se met pas en fiche une fois pour toutes. C’est mon fils qui a tout à coup besoin que je lui parle, ma femme à qui je devrais tenir compagnie au moment précis où je m’apprêtais à faire autre chose. C’est l’ami pour qui je vais éteindre la télé pour lui rendre visite. Rien, absolument rien ni personne ne peut me dire à l’avance qui est mon prochain. Je suis seul, terriblement seul à devoir le découvrir.

Le légaliste ne laisse aucune place au hasard. Chez lui, tout est réglé d’avance. Il sait à l’avance qui est son prochain, qui ne l’est pas et qui ne pourra jamais l’être. Le prêtre et le Lévite de la parabole en sont l’illustration. Ils sont coincés, ou plutôt se laissent coincer par la Loi. Ils fuient par obéissance envers la Loi. Elle interdisait en effet au personnel du temple de toucher un mort (Lévitique 21:1-4; Ézéchiel 44:25.26) ou d’entrer en contact avec le sang. Il ne faut donc pas qu’ils courent de risque. Qu’il soit mort ou simplement blessé, cet homme représente un danger pour eux. Alors ils font un détour et poursuivent leur route. Moins par méchanceté que par scrupule, pour ne pas profaner le temple et, à travers le temple, tout Israël. Ce malheureux ne peut pas être le prochain, car ils ne peuvent pas être là pour lui. Ils n’ont rien à lui donner. La Loi le leur interdit! Ils mettent la loi rituelle, c’est-à-dire le rite, au-dessus de l’amour.

Jésus ne s’en prend pas à la Loi elle-même, mais à une loi mal interprétée, à une loi qui refuse l’exception, l’urgence, une loi qu’on oppose à l’amour au lieu de voir dans cet amour son accomplissement, une loi qu’on dresse contre l’amour et qu’on élève au-dessus de lui. Saint Augustin disait: « Ama et fac quod vis », « aime et fais ce que tu veux ». Ainsi Jésus ne s’est pas dressé contre le sabbat, mais contre une certaine observance du sabbat, servile, mécanique, automatique, butée, dénuée d’amour. Il y a des lois, surtout si elles sont rituelles, qu’il faut savoir faire sauter au nom de l’amour.

Le bon Samaritain. Non pas un secouriste diplômé, en quête de blessés à sauver, mais un homme comme nous qui avait ses projets et dans la vie duquel fait irruption un semblable qui va devenir son prochain. C’est un Samaritain, pour tout Juif de l’époque un faux-frère, un déviationniste, un traître, un hérétique. Samaritains et Juifs ne s’aimaient pas, et ils ne s’en cachaient pas. Ce n’est pas qu’ils s’écorchaient, se brûlaient, se torturaient, se pendaient, s’écartelaient comme on l’a fait par la suite dans l’Église chrétienne, et nous aurions mauvaise grâce de leur faire la leçon. Simplement ils ne se parlaient pas, ils s’évitaient, changeaient de trottoir, faisaient un détour pour n’avoir pas à se saluer. Ils n’étaient pas prochain l’un pour l’autre. Un faux-frère ne peut pas être mon prochain!

Le Samaritain avait lui aussi sa loi qui lui dictait de passer outre, mais, comme disait quelqu’un, « chez lui la piété n’a pas tué la pitié ». Il n’est pas un zombie bien réglé, téléguidé par un code abstrait. Il envoie promener sa loi, la tradition de son peuple, car un homme a besoin de lui. Il n’y a plus ici un Juif et un Samaritain, un orthodoxe et un hérétique, mais deux hommes dont l’un a besoin de l’autre. Le Samaritain ne nie et ne rejette pas ce qui le sépare du Juif. Il le dépasse et le transcende. Il existe une conception de la Loi qui ne laisse aucune place à la pitié. Ce n’est pas celle du Samaritain. Il a un cœur qui ne bat pas sur commande, mais qui sait battre librement et inventer. Pour lui, l’amour ne consiste pas à s’en prendre aux structures sociales et à faire de la politique. Il ne fulmine pas contre le manque de sécurité entre Jérusalem et Jéricho. Il ne dépose pas de pétition à la préfecture pour qu’on mette un détachement de C.R.S. en position sur ce chemin dangereux. Non, il ne fuit pas dans l’action collective et à longue échéance, mais agit ponctuellement, dans l’immédiat. Il descend de son âne et retrousse ses manches. Agir sur les structures, obtenir plus de sécurité et de justice? Créer des hôpitaux et des centres de soins, fonder des caisses d’entraide et de solidarité? Oui, bien sûr, mais à condition de ne pas oublier l’action immédiate et ponctuelle, de ne pas avoir peur de descendre de son bourricot et de se salir un peu!

L’amour agit. Tout de suite. Le Samaritain s’approche (V.34). Il n’y a pas de prochain, s’il n’y a pas d’approche. L’amour du prochain commence avec nos pas qui interrompent une route précise pour en rencontrer une autre. Aimer, c’est tout d’abord casser sa route, ses projets, son avenir, pour adopter, ne serait-ce que momentanément, ceux d’un autre. Pour un temps, le blessé va devenir le seul avenir, la seule préoccupation, le seul projet du Samaritain. En l’asseyant sur sa monture, il va jusqu’à lui donner sa propre place. Il y a permutation. Aimer, c’est savoir donner sa place et adopter celle des autres. Aimer, c’est faire pour le prochain tout ce dont il a besoin, à court terme (V.34) et à long terme (V.35). On ne peut pas tout faire pour un seul prochain. Il y en a d’autres, après tout, et on a son métier et sa famille. C’est pourquoi l’amour agit dans l’immédiat, directement (V.34), et dans un deuxième temps par l’intermédiaire de spécialistes, d’organismes charitables, d’œuvres humanitaires (V.35). On ne peut pas donner raison à tous ceux qui n’aiment jamais que le prochain lointain, celui du Tiers-Monde qu’on montre à la télé mourant de faim, tous ces malheureux qu’ils ne verront jamais, mais qui ignorent le malheureux qui gît à leur porte (Luc 16:20) ou sur le chemin sur lequel ils marchent (Luc 10:31).

Jésus n’a prononcé aucun jugement sur le prêtre et le Lévite. Il n’a pas non plus parlé du bon Samaritain, mais du Samaritain tout court. Il laisse au docteur de la Loi le soin de conclure et de formuler un jugement. Et ce faisant, il le coince. Il est féroce. Il veut entendre les lèvres de son interlocuteur prononcer le mot « Samaritain », un mot que celui-ci voudrait n’avoir pas à prononcer. Mais c’est trop demander au casuiste. Au lieu du mot détesté, il sort une admirable périphrase: « C’est celui qui a exercé la miséricorde ». Il n’a pas encore accédé à la liberté des enfants de Dieu et reste prisonnier de ses tabous et de ses traditions. Et pourtant il a compris!

Jésus opère un renversement spectaculaire. Pour lui, le prochain n’est pas le blessé, mais le Samaritain. Cf. les V.29 et 36. Aimer, c’est agir, mais pour pouvoir aimer, il faut d’abord savoir découvrir. Découvrir celui qui a besoin de nous. Si nous attendons de savoir qui pourrait bien être notre prochain, nous ne le découvrirons jamais. Alors, au lieu de poser un tas de questions sur le prochain, comme l’a fait ce docteur de la Loi, il vaut mieux se mettre en route, ouvrir les yeux et devenir soi-même prochain pour les autres. « La réponse à ta question du V.29, cher docteur de la Loi, c’est toi! Le prochain, ce n’est pas un autre, c’est toi. C’est l’homme que tu peux devenir pour autrui ». Le prochain, cela ne s’explique pas, cela ne s’analyse pas, cela ne s’enferme pas dans une formule, cela se devient. « Va, et toi, fais de même ». Va et découvre ton prochain, et découvre-le en devenant son prochain. Il n’existe pas tout seul. Pour qu’il y ait un prochain, il faut qu’il y ait deux hommes. Le prochain n’existe pas sans moi. Je n’aurai de prochain que si je deviens le prochain d’autrui. Je n’en trouverai jamais, si je n’accepte pas d’en devenir un!

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