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L'Étranger - Perspective orthodoxe

« Dans notre civilisation sécularisée où chacun a tendance à vivre isolé, dans le but sans doute de se protéger de toutes les insécurités ambiantes, il est bien évident que l’étranger ne peut devenir que l’objet d’une méfiance particulière. Et même lorsqu’il n’est pas rejeté avec hostilité, il se heurte à une froide indifférence qui risque de le marginaliser par rapport à une société qui lui reste fermée.

Pourtant l’étranger, l’immigré est la figure par excellence de l’homme biblique, de l’enfant d’Israël mais aussi, ce que nous oublions très volontiers, du chrétien en route vers le Royaume. L’apôtre Pierre ne dit rien d’autre lorsqu’il écrit : très chers, je vous exhorte comme étrangers et voyageurs à vous abstenir des désirs charnels qui font la guerre à l’âme (1P 2,11). Oui, nous sommes tous des étrangers dans ce monde. Nous sommes tous comme Abraham, qui avait quitté sa patrie sans trop savoir où il allait. C’est bien là, n’est-il pas vrai, l’acte fondamental de la foi : se détacher de sa famille, de sa patrie, pour se mettre en route vers le Royaume.

Nous connaissons tous l’épisode du chêne de Mambré et de la fameuse hospitalité du patriarche Abraham accueillant les trois jeunes étrangers, des anges qui venaient lui annoncer de la part de Dieu la naissance de son fils Isaac ( Gn 18,1-8 ). Mais est-ce que nous gardons en mémoire la suite, à savoir que deux de ces mêmes anges s’en iront ensuite chez Loth où ils risqueront de se faire lyncher par les Sodomites ? Au point que ce même Loth leur proposera de leur livrer ses propres filles pour les dissuader (Gn 19,9 ), ce qui donnera prétexte à Paul d’écrire dans sa lettre aux Hébreux : n’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges ( He 13,2 ).

Le respect, l’hommage dû à l’étranger et à l’émigré est souligné encore plus dans le Nouveau Testament. Le Christ lui-même exprime sa prédilection pour l’étranger. Souvenez-vous de la guérison des dix lépreux qui comptaient dans leur groupe un Samaritain : il ne s’est trouvé parmi eux, s’exclamera Jésus, personne pour revenir rendre gloire à Dieu, sauf cet étranger (Luc 17/18) ; tout comme du fameux « j’étais étranger et vous m’avez accueilli (Mt 25,35-45) » de la parabole du Jugement dernier. Ici, le critère par lequel nous serons jugés, le critère qui déterminera notre entrée dans le Royaume, sera notre comportement envers les déshérités, en particulier l’étranger.

Notre destinée éternelle dépend donc de notre comportement envers l’étranger, qui n’est autre qu’un émigré puisque en chaque étranger se cache le Christ. Aussi, reçois l’émigré à ta table, tu reçois le Christ ; rejette l’étranger, tu rejettes le Christ car ton éternité se joue sur ton hospitalité ou ta xénophobie.

Notre engagement en effet ne saurait relever exclusivement d’une morale, d’une philosophie humaniste, voire d’une idéologie politique – aussi honorables puissent-elles être -, car il se situe à un niveau différent, celui de la foi, qui donne un sens à notre action. Dans la parabole du Jugement dernier déjà citée, le Christ, quand il dit que ce que nous faisons au prochain, c’est à Lui-même que nous l’avons fait, il ne propose pas un impératif catégorique, mais il s’identifie Lui-même aux pauvres, aux plus petits de ses frères. En le servant, c’est Dieu que nous servons.

Certes, il y a des limites au nombre d’hôtes que l’on peut recevoir à sa table, au nombre d’émigrants qu’un pays peut accueillir et intégrer. Il n’est pas question ici de demander l’impossible même si l’Histoire nous apprend que, dans bien des cas, c’est par la qualité de son accueil de l’étranger et de son respect de la différence qu’un pays devient ce qu’il est. Quand Paul dit dans sa lettre aux Galates ( 3,28 ) qu’il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni homme, ni femme, il veut dire que le Juif, le Grec, l’homme et la femme, restent ce qu’ils sont et ne se situent ni dans un état de fusion, ni dans un état de domination. Tous sont appelés à vivre dans une égalité totale. Je rappelle ici pour mémoire les 12 recommandations qui ont été proposées par les représentants des Eglises de toute l’Europe ( Anglicane, Orthodoxe, Protestante et Catholique ) le 8 octobre 2004 à Bruxelles avec pour titre « vers une approche équilibrée dans la politique européenne de migration et d’asile ». Nous avons là un très bon document, susceptible de faire progresser positivement notre approche évangélique et théologique en la matière.

Par contre, ce qui peut et doit de toute façon être changé, c’est la mentalité, l’attitude vis-à-vis de l’émigrant. Et dans l’autre sens, il en est de même de celui qui émigre, car il n’a pas que des droits ; il a aussi des devoirs et des comptes à rendre là où il est accueilli.

Ceci, parce que tout être est créé à l’image de Dieu, autrement dit à l’image de la Trinité et précisément, parce qu’il est créé à l’image de Dieu, l’homme ne peut pas s’accomplir dans l’autonomie mais dans la relation avec l’autre. « Nous sommes, écrit l’évêque Kallistos Ware, appelés à reproduire sur terre le mouvement de l’amour partagé, du don de soi mutuel, de la solidarité, du dialogue et de la réciprocité, tel qu’il existe éternellement dans la Trinité ». Mon prochain, c’est donc mon frère ; c’est celui qu’à chaque pas je rencontre ; que je tente d’éviter mais il ne se laisse pas faire. Aussi loin que j’essaie de m’enfuir, il me rattrape toujours, il est là, il regarde, il interroge, il demande, il supplie, le plus souvent sans parole.

Mon prochain, c’est aussi celui qui me met mal à l’aise par l’intensité de sa détresse. « J’étais étranger et tu m’as accueilli », « Le Seigneur protège l’étranger » …

Le thème de l’étranger, redisons-le encore une fois, est constant dans la Bible, dans les psaumes, dans l’Evangile. Combien de fois le « tu aimeras l’étranger » se trouve dans la Bible ? Trente-six fois et peut-être quarante-six ou cinquante-six ? Qu’importe après tout car l’essentiel est là : essayer à chaque instant d’inventer la relation vivante à notre prochain pour qu’il ne soit plus à nos yeux « celui qui veut nous tromper, profiter de nous » mais une personne aimée de Dieu, riche de son histoire, de sa culture, de sa conscience, de sa foi, que nous voulons rencontrer, connaître, servir.

Cela nous amène nécessairement à cette question d’actualité : comment recevoir l’étranger ?

Il s’agit de voir en lui quelqu’un qui est en situation de demande, de besoin, qui est en situation de vulnérabilité. Quelqu’un qui n’a pas pris à la légère sa décision de quitter son pays, sa famille, et qui se trouve parmi nous porteur d’un double message.

Le premier message, c’est que l’étranger émigré se trouve en situation de pauvreté matérielle, et nous avons une vocation de prendre au sérieux cet appel, puisque c’est l’appel que le Christ nous adresse très explicitement dans l’Evangile : ce que vous avez fait aux plus pauvres, c’est à moi que vous l’avez fait. Le deuxième message, c’est qu’il nous invite à nous enrichir. Il nous invite à nous enrichir de sa présence et de sa différence. Le christianisme est la religion de la relation : relation à Dieu et relation au frère. L’autre est toujours différent. Cette différence parfois dérange, insupporte mais à la fois elle peut enrichir. Saint-Exupéry écrit dans « Le petit prince » : « Ta différence m’enrichit ». La différence du réfugié qui arrive dans un de nos pays peut nous enrichir par la diversité culturelle qu’elle nous apporte. Il est donc important de ne pas passer à côté de cette occasion.

Aujourd’hui, la mondialisation permet le déplacement non seulement des capitaux mais aussi des personnes. Il serait particulièrement injuste d’accepter le déplacement des capitaux sans le déplacement libre des personnes, lesquelles en nous interpellant par leurs différences peuvent aider l’Occident à apporter des vraies réponses aux questions de sens qu’Il se pose. Jacques Delors disait qu’il faut une âme à l’Europe et que l’Europe ne se fera pas seulement à base de réglementation économique et juridique. Il faut une âme à l’Europe, c’est évident. C’est ce qui lui fait le plus défaut et c’est ce à quoi il faut s’atteler.

Laissons-nous donc faire, laissons parler notre cœur, notre conscience, comme l’a fait le bon Samaritain de l’Evangile. Ne nous séparons pas de ceux de nos frères qui sont les plus pauvres car nous ne savons pas dans quels chemins de justice, de vérité, de joie et d’amour ils peuvent nous entraîner.

Paix, justice, partage dans l’amour : tout cela se retrouve dans les épreuves que nous vivons comme les valeurs les plus constructives de cette humanité qui cherche à s’humaniser toujours plus. Il y a certes bien d’autres valeurs dans la vie intérieure de la personne. Mais la personne est essentiellement communion comme Dieu est communion. C’est en elle que l’homme se réalise comme image et ressemblance de Dieu, autrement dit comme déiforme. Et si, de par sa constitution à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’homme est divin, il le sera toujours davantage s’il se reconnaît comme aimé et aimant.

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