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Nous et la tradition

En vivant ensemble, ici au Québec, hommes et femmes de traditions, religions et de cultures différentes, nous entreprenons tous l’expérience d’une vie commune. Mais nous sommes portés à observer que nous vivons souvent en situation conflictuelle les uns avec les autres.

Il y a un fossé entre les identités, entre les cultures, entre les différents modèles ecclésiologiques qui sont en présence dans notre pays d’accueil, dans notre province, dans la ville qui nous accueille. On est dans un pays pluriethnique et nous avons autour de nous des individus, des familles, des groupes porteurs de valeurs parfois très différentes par rapport aux nôtres. Nous sommes alors confrontés à l’incompréhension, à l’intolérance, au racisme, à l’intégrisme…

Mais il y a autre chose aussi. Entre chrétiens même, notre milieu de vie devient un lieu commun ou on pratique le harcèlement psychologique, le mobbing. À l’appui d’une théologie chrétienne sulfureuse (janséniste, ou filétiste, ou une combinaison d’autres égarements), certains prêcheurs dépeignent des visions eschatologiques terrifiantes d’un Dieu-agneau qui change soudainement en Dieu-vengeur. Cela fait, hélas, table rase dans les cœurs des fidèles, de toute conscience d’un Dieu d’amour qui offre la liberté humaine en don de l’Esprit Saint. À partir de ces dires des prophètes de malheur, des mini-groupes se clonent et la société des fidèles éclate autour.

Comment arriver à guérir l’organisme social de maux pareils? Je crois que la guérison de ces maux passe nécessairement par la redécouverte de notre être vrai, de l’identité qui est la notre, des institutions qui ont fondé cette identité. S’abreuvoir aux sources. Et prendre acte des lieux saints, toutes proches, ou nous pouvons raffermir notre soif d’une Orthodoxie filocalique, la vraie. Le fait de comprendre chacun son identité, sa tradition religieuse, sa culture, nous conduira aussi à comprendre le présent que nous vivons et à forger – sur ce socle – l’avenir qui advient.

Mais, comment arrive-t-on à se connaître soi-même?

Nous les humains sommes capables de nous assumer. Nous pouvons corriger la trajectoire de notre vie. Cependant, observons que chacun tient son existence et son éducation de l’autrui et cette éducation reçue fait de chaque homme et femme un héritier d’une tradition particulière. C’est quelqu’un d’autre qui nous fait bénéficier d’un contrat social qui nous permet l’exercice de notre autonomie.

Tout homme reçoit son autonomie d’un autre. Mais cette autonomie implique aussi la dépendance vis-à-vis d’un autre. Sans les relations avec les autres je n’existerais pas. Sans mes parents, mes proches, amis, coreligionnaires, voisins, les étrangers, sans leurs affections, je n’existerais pas. Je me souviens que mes parents avaient de bons amis juifs, musulmans, des hongrois, des ukrainiens, des allemands. J’ai hérité moi-aussi des mêmes amitiés.

Le destin m’a fait vivre au Maroc dans une société ouverte et j’ai connu des musulmans, des juifs et des chrétiens ouverts. Ils m’ont tous beaucoup apporté. Merci, Père Bégouen, pour la connaissance de l’Islam que vous m’avez donnée. Merci à Richard et Sabine Wurmbrand, et aux amis israélites, pour la connaissance de la pensée juive acquise grâce à eux.

Sur le plan symbolique, de la culture, de la communication par le langage parlé, cet autrui s’est efforcé à me parler, à me donner quelque chose. Et comme-ça, avant de m’édifier moi-même, je me suis reçu de l’autrui. J’ai vu combien mon Église doit à la synagogue, combien elle doit à la mosquée. Ma dépendance par rapport à autrui – a été ce qui m’a donné mon autonomie. J’ai reçu la connaissance et la compréhension de la vie dans toutes ses dimensions, dans un monde ou je vivais comme noyé dans un océan de mystères.

Cette loi qu’on ne peut nullement ne pas recevoir de l’autrui, c’est çà la tradition. Elle existe avant que nous soyons nés. Cette tradition nous la recevons en apprenant le langage de notre culture. Pour moi personnellement, cette tradition est la tradition chrétienne orthodoxe. Pour les juifs, c’est la tradition juive. Pour les musulmans, c’est la tradition islamique. Elle nous enveloppe dans leurs bras bienfaisants pour chacun de nos groupes, depuis notre plus tendre enfance.

La tradition contient à elle-même l’autorité absolue et mystérieuse de se transmettre, en un mode organique, aux générations qui se succèdent sur cette planète que nous partageons tous. Tout langage humain forge une interprétation de la réalité. En apprenant faire mienne la communication symbolique qui porte ma tradition, je m’initie à une vision particulière du monde, à une vision de l’autrui, mais en même temps à une vision de moi-même. Pour chacun de nous, cette vision héritée est sainte, et elle bâtit l’identité. La tradition m’est donnée pour que j’hérite d’elle, avec la mission de transmettre le tout à ceux qui suivront après moi.

Comme je viens de le dire, je suis de tradition chrétienne orthodoxe. Ma culture comporte des éléments multiples qui la définissent comme étant différente des autres cultures et qui constitue la maison spirituelle qui m’abrite et m’enracine dans le monde et dans l’histoire. Mes ancêtres m’appellent à l’apprendre cette culture religieuse ou, si je l’ai laissée s’étioler, la réapprendre par l’interrogation intelligente de l’histoire.

C’est seulement de cette manière que nous pouvons survivre, en devenant porteurs de nos traditions dans notre milieu de vie, et par cette voie nous enrichissons la vie partagée, nous embellissons la demeure commune. En témoignant d’elle, de sa valeur irremplaçable, nous transfigurons le milieu humain et nous nous transfigurons aussi nous-mêmes, en transfigurant aussi la tradition. Nous sommes appelés tous à participer à cette interaction. Nous devons nous édifier dans la tradition qui est nôtre et, en nous édifiant, nous édifions aussi la tradition. On demeure éternellement dans cette matrice ou culture, rites, institutions, sagesse, folklore, poètes sont compris amoureusement.

Seulement par notre tradition nous nous recevons nous-mêmes des autres, en transmettant le tout aussi à ceux qui vont nous succéder, dans cette vie, maintenant et toujours.

La foi philocalique

Je voudrais vous dire en guise de conclusion comment la foi a été vécue par mon peuple. La foi a été vécue dans la beauté. La tolérance étant pratiquée, les hérétiques de toute catégorie arrivèrent en Roumanie qui les aidait à s’y établir sans conditions.

La tolérance à toute épreuve est un beau visage du christianisme de mon peuple. «Chacun selon sa loi» est un adage roumain exprimant très exactement le respect et l’attitude de non-ingérence dans les mystérieuses profondeurs de l’âme humaine croyante. Respecter la conscience des autres – voilà un côté combien attachant de la foi de mon peuple.

Les roumains ont le vocable «omenie» et ceci se traduit par humanité qui demeure une vertu cardinale qui supporte cette attitude neutre dans les choses confessionnelles et demeure signe de maturité d’âme acquise par l’expérience historique du peuple. Le manque d’excès en matière de foi du peuple roumain présuppose un équilibre entre les antithèses de la vie. Il a vécu dans l’austérité que les «sihastri» (moines solitaires et pères spirituels) leur apprenaient.

C’est encore le monachisme qui est demeuré toujours très près du peuple. Ceci a eu pour fruit le fait que la préoccupation religieuse est devenue un caractère fondamental du peuple croyant. La religion populaire, le tempérament doux du peuple roumain l’a fait capable de cultiver l’équilibre et le plus grand respect des coutumes transmises par la tradition.

Aujourd’hui, les trous dans la mémoire collective de la société ou nous vivons, l’effondrement des cadres – même de cette mémoire, a dévoyé les consciences humaines. Une éducation lacunaire cache des pans entiers de l’histoire à ces jeunes générations qui se retrouvent dans la méprise de la tradition et de l’antériorité. Cela rend actuelle la nécessité de la redécouverte de la beauté de la tradition religieuse… La problématique est fondamentale et s’applique aussi dans les sciences sociales, y compris dans l’éducation théologique.

Gardons donc tous nos traditions avec amour, car elles constituent nos maisons de nos âmes. Multiplions les témoignages sur notre identité, confessons et transmettons ensemble notre foi. C’est çà la condition de la mutuelle érection du dialogue permanent et le moyen par excellence de nous construire nous-mêmes et de nous faire accepter par les autres tels que nous sommes. En sachant mutuellement qui nous sommes, par le dialogue, nous nous faisons accepter et nous évoluons aussi implicitement.

Le témoignage le plus merveilleux de la foi filocalique qui nous unit dans notre montée vers le Christ qui nous appelle à la déification, est encore notre monastère de la Protection de la Mère de Dieu de Wentworth, Québec. Lieu de prédilection de l’exercice d’une démarche œcuménique en communion avec les chrétiens orthodoxes d’autres ethnies du pays, ce foyer québécois de la foi orthodoxe est aussi chantier liturgique source de vie et d’aspirations communes, est aussi creuset de fusion dans les cœurs de chacun de la foi qui vainc.

La voie que nous ouvre le monastère, nous mène vers un sommet de notre propre vie de foi. En route, tout développement intérieur obtenu – notre charité y compris – ne cessent point de grandir, ordonnant toutes choses en fonction de l’élan qui nous anime. À la lumière des enseignements du starets (le père Cyrille), nous ne serons plus centrés sur nous-mêmes mais sur Dieu qui est amour. Avec sérénité et constance, il nous apprend ce que c’est la prière pour l’Église orthodoxe, ce que signifie le jeûne pour nous aujourd’hui, quel souci devons-nous avoir pour l’unité des hommes dans un monde éclaté, monde qui a la tendance de devenir virtuel. Avec lui, conservateur fidèle et inspiré de la spiritualité et de la tradition byzantine, nous voyagerons toujours plus loin, chacun sur notre propre rayon de soleil, vers le Christ – Soleil, en nous rapprochant en même temps – progressivement et inexorablement – les uns par rapport aux autres.

N’oublions pas la charité

La construction de notre identité passe aussi par la participation au destin des autres. Nous devenons un peu plus nous-mêmes en étant vraiment sensibles à la souffrance de l’autrui. À ce chapitre, souvenons-nous de ceux qui sont moins nantis que nous, de ceux qui souffrent, des prisonniers et des malades. En aidant par l’entremise de l’AEM (Canada) Inc. nous bâtissons pour nous et ceux que nous aidons, un avenir bon et paisible.

Participons aussi tous à la construction de l’église de notre monastère de Wentworth, érigeons-y la maison du Père céleste qui nous accueille tous ceux qui suivons la lumière divine en cheminant vers notre sanctification.

Très Révérend Radu Roscanu, Protoprésbytre
(Constantinople)
www.entraidefraternelle.com
www.brotherlyhelp.com

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