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Tradition

Par Radu Roscanu

Le mot tradition dénote un ensemble d’informations ou de pratiques concernant une doctrine religieuse ou éthique qui devient une attitude fondamentale de vie relative à la foi et aux mœurs, ensemble qui est toujours transmis entre générations par le langage parlé, par la coutume ou par l’exemple vécu, et qui est compris comme représentant un héritage du passé historique, religieux, national. La forme essentielle et première de la transmission de la tradition se trouve dans l’élément du langage parlé et dans le comportement humain préoccupé de conserver par transmission les contenus hérités.

La tradition a joué toujours un rôle central dans la conservation de la conscience sociale et religieuse et des structures socio-historiques liées à la société et à la religion. En religion, ces structures – présupposées comme tenant de la révélation divine – maintiennent toujours et partout la précéptivité et la vigueur du passé, en reliant tout présent au temps paradigmatique des origines, grâce à l’élément de continuité qui est propre à toute tradition.

Les traditions reçues en matière politique et religieuse constituent toujours et partout la manifestation la plus adéquate et éminemment naturelle des besoins et des aspirations reçues et assimilées par des groupes humains. Par conséquent il est très important de les maintenir, même – et surtout – si la raison critique refuserait les contenus qu’elles portent.

« Notre tradition est sans âge, comme la feuille verte; en tant que matrice stylistique, elle fait partie du logos inconscient. Se séparer d’elle signifierait une apostasie. »
Lucian Blaga, L’Éloge du village roumain

Toute tradition comporte aussi un élément cumulatif d’une génération à une autre ainsi qu’un élément de continuité, qui sont propres à la tradition elle-même. La conscience ‘moderne’ générée par la ‘raison critique’ combat la tradition qu’elle considère ‘entachée’ de maints préjugés, voulant promouvoir avec acharnement l’auto-justification rationnelle qui soit indépendante de toute légitimation historique.

Cette contestation de la tradition qui tend à introduire des ruptures ou discontinuités historiques a été résolument mise en question de nos jours par la revalorisation de la tradition ou bien par la promotion d’une médiation dialectique entre les éléments cumulatifs et ceux de continuité qui sont propres à la tradition et le facteur de critique et de rupture qui sont spécifiques à tout Aufklärung. «L’Aufklärung » a énoncé l’idée: « ose te servir de ton propre entendement »(… ) Son préjugé fondamental est le préjugé contre tous les préjugés (… ) Sa tendance générale a été de n’admettre aucune autorité et de tout soumettre au tribunal de la raison pensante. D’où résulte que la source ultime de toute autorité ce n’est pas la tradition mais la raison. » Car l’Aufklärung en fait doit-elle aussi être aufgeklärt dans le sens que l’on prend nécessairement conscience des moments de négativité de sa relativité aux contenus apportés à elle, par la tradition elle-même.

« Le dépassement de tous les préjugés, cette exigence globale de l’Aufklärung, s’avérera être lui-même un préjugé, dont la seule révision frayera la voie à une compréhension appropriée de la finitude qui domine non seulement notre être, mais également note conscience historique. »

Le droit de vote de nos ancêtres

Mais, dans la plus large des acceptions du concept de tradition, il signifie le caractère extensif du passé qui tend toujours et partout à se transmettre au présent historique. Ce caractère devient la loi non écrite et inéluctable de toute société humaine. En ce sens, le passé peut exister en tant que tel uniquement sous la forme temporelle de la tradition. La rupture avec le passé nous situe dans un présent virtuel, inconsistant.

Dans le cas d’une tradition dont cet acte de conservation n’est pas accompli en sa totalité, cela pénalise tout présent vécu d’une marque d’inconsistance en sa propre réalité ontique. Mais, la tradition a aussi une fonction de conservation qui n’a point un caractère rétrograde. La prise de conscience en symphonie de la dimension de tradition et d’histoire, constitue la base nécessaire pour la compréhension de l’énorme poids spécifique que la tradition a dans la définition même de l’identité humaine.

« Ce n’est pas l’histoire qui nous appartient, c’est nous au contraire qui lui appartenons. Bien avant que nous accédions à la compréhension de nous-mêmes par la réflexion sur le passé, nous nous comprenons de manière spontanée dans la famille, la société et l’État où nous vivons. Le foyer de la subjectivité est un miroir déformant. La prise de conscience de l’individu par lui-même n’est qu’une lumière tremblante dans le cercle fermé du courant de la vie historique. C’est pourquoi les préjugés de l’individu, bien plus que ses jugements, constituent la réalité historique de son être. »
H. G. Gadamer

Cependant, le concept de tradition, associé à l’héritage du passé, suscite des attitudes de contestation quant à son utilité pour le présent. Alors, les attitudes vis-à-vis de la tradition varient entre sa vénération à une extrémité et son refus à l’autre extrémité. Entre les deux, nous trouvons le respect à dimension critique. En effet, toute tradition se reçoit nécessairement avec fidélité et se transmet toujours et partout d’une génération à une autre, chaque génération y ajoutant quelque chose qui constituera son apport propre.

Cependant, l’identification avec la tradition est opposée à tout besoin de distanciation vis-à-vis de son contenu. Il n’existe point d’instance censée de ‘bricoler’ la tradition ou de la changer. C’est toujours la tradition elle-même qui remplit tout vide herméneutique possible par rapport à la mémoire historique continue de l’humanité.

Ainsi, la tradition représente toujours, partout et avec une autorité qui lui appartient, le bien commun à des groupements, à des nations ou à des communautés plus complexes. Elle est, simplement, un bien commun qui s’hérite par la consommation des générations et par le travail continu de la conscience historique.

Ce qui emplit notre conscience historique, c’est toujours une multitude de voix où résonne l’écho du passé. Il n’est de présent que dans la multiplicité de telles voix : c’est ce qui constitue l’essence de la tradition à laquelle nous voulons prendre part…

« La recherche historique n’est pas seulement recherche, mais aussi transmission de tradition. Elle nous fait faire des expériences historiques, dans la mesure où en elle se fait entendre à chaque fois une voix nouvelle qui transmet l’écho du passé. »
H. G. Gadamer

Tradition et actualité

Quand la propre individualité des personnes ou des groupes, aussi bien que l’actualité du temps présent, entrent en jeu en relation avec la tradition, alors cela peut engendrer des sentiments ambivalents ou même de refus, mais cela met toujours et partout en danger l’identité des personnes et des groupes.

De ce fait, les modes de présence de la tradition mettent en évidence le poids spécifique déterminant de l’histoire, de la foi religieuse et de la culture première concernant les modèles sociaux et religieux. Mais elles éclairent aussi l’opposition entre groupes sociaux et religieux porteurs de systèmes de valeurs et de mémoires propres.

Ce qui est retenu par la tradition, la culture, la foi religieuse, les rites, la nation, la sagesse, le folklore, la coutume, et dans la langue du peuple, acquiert toujours et partout une autorité anonyme. L’être humain est défini dans son identité ontique par le fait en soi que cette autorité des choses transmises a toujours toute puissance sur toute action et sur tout comportement humain. Les choses de la tradition s’imposent sans avoir été fondées préalablement en raison.

La tradition existe toujours à côté des arguments de la rationalité, en conservant un droit qui lui est propre et qui influence toujours et partout organiquement notre comportement ainsi que toutes nos institutions humaines. Naguère, l’éthique humaine tenait nécessairement compte du caractère indispensable de la tradition pour fonder le passage de l’éthique à la politique. Par ceci nous comprenons l’art de bien légiférer.

Mais, la tradition apparaît aussi comme l’opposé absolu et abstrait de la libre disposition de soi, car sa validité n’a pas besoin de nous donner ses raisons. Elle nous détermine seulement, et cela advient spontanément, toujours et partout. La tradition porte en elle un élément relevant autant de la liberté que de l’histoire. Elle a un besoin propre qu’on lui adhère, qu’on la saisisse, cela en acceptant de la faire la nôtre et qu’on la cultive avec un amoureux soin. Elle est conservation par excellence.

Pour appréhender le contenu du concept « tradition » il est nécessaire toujours d’accorder aux temps passés une valeur propre à eux. Il est convenable ainsi de faire ressusciter dans la conscience historique l’aube des temps, de percevoir la voix du peuple dans ses chants, dans ses contes et légendes, s’imprégner de ses coutumes anciennes, scruter les profondeurs insondables de la psyché humaine, découvrir dans sa langue et dans ses productions littéraires, sa vision propre du monde, étudier ainsi ses valeurs, sa religiosité et sa sagesse, son folklore, lire et interpréter les poètes qui se rattachent au peuple et aux époques révolues. De ce fait, dans toute relation avec le passé, nous sommes donc nécessairement, toujours et partout, dans la tradition. Elle devient à nous et notre jugement s’en accommodera spontanément.

Dans mon sujet de mémoire, la tradition m’adresse de premier abord la parole. Il n’y a pas, et il ne peut pas y avoir d’opposition entre tradition et histoire. L’action de la tradition et celle de la recherche historique est une action unique; c’est dans la tradition seulement à trouver toujours le facteur constitutif de toute attitude historique à prendre.

L’expérience montre qu’une tradition historique ‘gauchie’ ou évanescente par l’élimination de pans significatifs de l’histoire conduit par voie de conséquence à l’adoption d’attitudes politiques incongrues par rapport à la vérité de l’être de groupements et de nations dont on méconnaît l’être vrai. Ainsi, la tradition représente pour le temps présent l’antériorité du rapport historique à la vie, et il est nécessaire de jeter un pont du passé au présent, mais cela toujours par l’investigation inéluctable de la tradition.

Prendre part à l’essence même de la tradition, signifie le devoir de nous remplir la conscience historique des voix où résonne nécessairement et toujours tout l’écho du passé que nous interrogeons. Toute recherche historique n’est pas seulement recherche, mais aussi transmission de tradition. C’est le présent qui motive toute recherche portant sur la tradition. Celle-ci est toujours comme perméable à tout ce qui se transmet en elle. Et toute réponse à la voix de la tradition est toujours et partout une parole qui maintient dans le vrai.

Tout ce qui est consacré par la tradition et par la coutume possède une autorité devenue anonyme et notre être historique est complètement déterminé par le fait que cette autorité des choses transmises a toujours puissance sur notre action et sur notre comportement humain. Dans ce sens, il apparaît clairement que la monarchie, qui depuis l’aube des temps s’est inscrite harmonieusement dans la tradition du peuple roumain, a été, est et sera à jamais présente dans la psyché roumaine en dépit des déterminismes extérieurs qui ont causé l’effondrement identitaire récupérable néanmoins par le travail de récupération identitaire qui est en cours aujourd’hui.

Création de la tradition

La création de la tradition se fait par des voies inconscientes. Elle porte en elle-même un élément qui relève de la liberté, mais aussi de l’histoire. Elle ne s’est pas déployée grâce à une force d’inertie qui aurait pu permettre à ce qui est présent de persister dans le temps, mais elle a eu besoin qu’on lui adhère, qu’on la saisisse et qu’on la cultive. De ce fait, la tradition est essentiellement conservation, et la conservation est essentiellement un acte de raison. Par conséquent, toute réponse à la voix de la tradition est, même par son essence, parole qui maintient dans le vrai.

« Dans la relation avec le passé, nous ne cessons pas d’être dans la tradition et cette insertion n’est nullement un comportement objectivant qui nous ferait considérer la tradition comme quelque chose d’autre, d’étranger; il s’agit toujours de quelque chose qui est à nous, modèle ou épouvantail, d’une reconnaissance de nous-mêmes, dans laquelle notre jugement verra non plus une connaissance, mais une accommodation ne peut plus spontanée de la tradition. »
H. G. Gadamer

En occurrence, il arrive aussi qu’une grande part de la tradition religieuse transcende les limites de ce qui peut être circonscrit en formules bien déterminées. Elle suppose une totalité de sens d’éléments qui sont inextricablement inter reliés. Alors, il se définit spontanément une unité de forme et de fonction, dont chacune engendre l’autre, et cela dans une progression incessante. Ainsi, quand on rencontre le divin dans le culte, la liturgie byzantine ne peut point être séparée de sa contingence aux conditions d’accès sans lesquelles elle ne peut pas se montrer.

Elle nécessite l’espace sacré de la Sainte des Saints, l’iconostase, les icônes et fresques, les fidèles, la musique, l’encens. S’il se produirait un isolement par rapport à ces contingences, il en résulterait une abstraction qui appauvrirait singulièrement l’être véritable de la liturgie. Dans la tradition religieuse byzantine, les icônes s’animent d’une vie spéciale parmi les sons de la musique et les mouvements du culte, dans les volutes de l’encens et au milieu des chants liturgiques, tout cela en présence des célébrants vêtus somptueusement et de leurs psalmodies hiératiques.

Ainsi, la tradition nous conserve les choses anciennes, tout en nous faisant découvrir leurs secrets éternels. Par le culte liturgique, la tradition religieuse orientale nous connecte en tout temps, et cela de manière sensible, aux vérités éternelles auxquelles elle se réfère. Elle est toujours l’actualisation de l’histoire du Salut, par une synthèse dynamique de tout ce qui nous vient du passé dans notre vie d’aujourd’hui. En cela, la tradition en son sens plénier et la tradition religieuse en particulier sont traditions organiques et totales. Elles deviennent par cela même digne de l’intégration et de la transmission fidèle.

Toute innovation introduite à fortiori dans la tradition est stérile et est vouée à s’éliminer d’elle-même. Toute modification dans le culte divin ou dans la liturgie saurait être autorisée seulement par l’œuvre religieuse elle-même, et cela seulement dans la mesure où elle serait de nature à maintenir l’identité et la continuité de l’œuvre religieuse ouverte en direction de son avenir. Être dans sa tradition signifie d’être plongé dans soi-même, dans un contexte valorisant, vivifiant, créateur, qui agira en nous, par nous, à travers nous, avec une force souveraine et autonome.

Un groupe se sent fort s’il perçoit qu’une inspiration et un courant de vie l’animent d’une manière permanente à travers l’histoire, le reliant au passé autant qu’à l’avenir, autrement dit s’il se sent porté par une tradition. Celle-ci vient de très loin, elle dépasse les individus qui en sont les porteurs et les instruments. On ne crée pas la tradition mais on la reçoit dans la fidélité pour ensuite la transmettre. Elle indique qu’au-delà des changements extérieurs il y a une permanence et une continuité.

Dans la tradition l’homme est toujours plus que lui-même. Il en est saisi par un ordre et par un souffle qui le transcende toujours. L’homme intégré dans une tradition au sens fort du concept a toujours la certitude que l’essentiel auquel il tient plus qu’à sa propre vie sera transmis fidèlement; et cela peu importe que lui-même disparaisse comme individu, car ce qui a donné sens à son existence se maintiendra quand – même après sa mort. Il sait ainsi qu’il ne mourra pas tout entier. A l’opposé, on comprend la tristesse des vieillards partout où une tradition s’effiloche: ils ont fatalement le sentiment d’assister impuissants à la fin d’un monde – le leur – et dont ils sont des survivants anachroniques.

C’est pourquoi transmettre la tradition reçue demeure un commandement essentiel pour tout parent. Ses enfants s’inscriront dans la même humanité qu’eux, reconnaissable, d’identité définie, leur façonnant l’horizon historique en succession naturelle avec la lignée des ancêtres et en les dotant d’une demeure étant en totalité de sens avec tout l’héritage transmis…

Extrait du livre La Vérité du Langage, par Radu Roscanu

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